Les historiettes de BaCcHuS.

 
Jeudi 10 novembre 2005

Spéciale dédicace à nos amis les banlieusards... ^^  Rentrez chez vos mères les gosses, on en a marre de vous voir aux infos, en plus vous gaspillez de l'essence : au prix que ça coûte il va falloir en dealer des barettes de shit pour rembourser tout ça!

    Ce soir, Momo a la rage, oui : la haine. Il en a marre de ce quartier pourri, marre de se faire insulter par l’ennemi Sarkozy, marre de se faire menacer par les flics avec leurs flashballs. Alors, Momo va sortir pour se défouler un peu. Les règles du jeu sont simples, c’est Rachid le grand frère qui les explique : « Tu brûles et tu casses tout ce que tu peux, tu peux balancer des trucs sur les condés, mais dès qu’ils t’ont repéré tu t’arraches. Toute façon ils vont pas te chercher longtemps, ils ont autre chos à branler».
    Obéissant, de bonne volonté, Momo s’exécute : on lui a donné un marteau, toutes sortes de produits inflammables sont à sa disposition, il ne va pas se faire prier pour s’en servir. On lui conseille tout d’abord de faire brûler des poubelles : c’est simple – il suffit d’un briquet et d’un peu de papier journal bien arrosé d'huile – et on peut le plus souvent opérer en toute tranquilité. Après quelques poubelles brûlées en solo, Momo rejoint la bande de Rachid qui vient de sortir de la planque où ils préparaient des cocktels Molotov. C’est tellement plus drôle de faire péter des bagnoles ! Seulement voilà : il y a plus de chances de se faire choper à plusieurs, il faut être prudent : trois qui font le guet, un qui brise une vitre de la caisse, un autre qui balance le cocktel à l’intérieur, les autres admirent le spectacle et font une vidéo, mais à la moindre alerte tout le monde se tire, c’est la débandade.
    Après avoir échappé trois fois aux schmidts, le groupe décide de se séparer : les grands vont voir ce qui se passe dans le quartier d’à côté, tandis que les autres sont chargés de continuer à animer celui-ci. Des équipes de deux sont formées, Momo travaille avec Cédric. Ils n’ont pas de cocktel, mais ils ont des marteaux dont ils se servent avec bonheur : au bout d’une demi-heure il ne reste plus une seule vitre intacte à 100 mètres à la ronde. Cédric et Momo commencent malgré tout à s’ennuyer, lorsque ce dernier a une idée : ils vont tenter un gros coup.
    Il se rappelle en effet que près du pont qui passe au-dessus d’une autre route non loin d’ici, il y a un chantier où ils devraient facilement pouvoir trouver des blocs de béton. Il suffit d’en porter un jusque sur le pont et de le lacher sur la route au bon moment pour provoquer un bel accident ! L’idée est simple, paraît bonne, mais toute la difficulté réside dans la coordination : il faut lacher exactement quand une voiture est en train de passer.
     Après un premier essai infructueux, les deux jeunes amènent un autre bloc de béton et se postent à nouveau au-dessus de la route pour attendre l’occasion rêvée. Elle ne se fait pas beaucoup attendre : rapidement, une voiture de flics qui ne roule pas trop vite se pointe, il suffit d’être parfaitement synchro. S’ils réussissent, Momo et Cédric seront la fierté du quartier, c’est Rachid qui sera content! La caisse que l’on voyait arriver de loin grâce à son gyrophare s’approche encore, les deux ados se mettent à compter : trois, deux, un… ils lachent. Le bloc tombe, ils ne voient pas grand chose mais entendent un bruit, mélange de tôle froissée et de verre brisé : le coup est réussi ! Joliment réussi, même : la bagnole va se planter direct contre un pillier du pont, et mieux : elle prend feu ! C’est Rachid qui va être content, Momo le petit frère est devenu grand, il a planté des connards de keufs,ils doivent tous avoir crevé après un choc pareil !
    Peut-être Momo sera-t-il un petit peu moins fier quand il apprendra que Rachid aussi avait réussi un tour de force ce soir : il avait tiré une bagnole de flics.
Dimanche 6 novembre 2005

Historiette : "Récit d'une petite aventure, d'évènements de peu d'importance" (Merci le petit Robert)

    Pendant les vacances, une demoiselle a laissé un commentaire fort sympathique sur l’article que j’avais écrit au sujet de mon bien-aimé professeur de mathématiques. Ce commentaire avait en réalité peu trait à l’article, il m’informait du fait que la demoiselle –une certaine Julie- avait entendu parler de moi par Alex (celui qui s’amuse à noter mes articles) ; enfin (surtout) il me laissait entendre que ce qu’Alex lui avait dit de moi lui avait donné envie de me connaître. Bref, je sentis en lisant ce commentaire que j’avais sans doute trouvé le moyen d’égayer un peu mes mornes vacances. Cette Julie ayant laissé son adresse hotmail, je l’ajoutai à mes contacts sur msn et –par bonheur- nous nous trouvâmes presque aussitôt à discuter en ligne.

Ce premier contact fut bref, mais la photo qu’elle utilisait me donna  à moi aussi l’envie de la connaître : je n’avais auparavant jamais rencontré de fille dont la beauté était aussi frappante. Nous ne nous vîmes plus sur msn par la suite, nous privilégions l’envoi très régulier d’e-mails. J’essayais pendant ce temps de contacter Alex pour m’assurer que mes yeux ne m’avaient pas trompés et avoir plus de renseignements sur cette Julie ; mais réussir à le contacter pendant les vacances relève du genre d’exploit que représente celui d’attraper intact le string que Madonna jette à la foule pendant l’un de ses concerts. Tant pis, pas de renseignements complémentaires de la part d’Alex.

 

De toute façon, ceux-ci se seraient bientôt avérés inutiles, car la demoiselle parlait déjà d’un rencard sur Rennes. Outre nos discussions sur mon prof de maths que je ne manquais pas de ridiculiser autant que possible à ses yeux, nous parlions en fait surtout de se rencontrer, car elle disait ne pas aimer trop se dévoiler sur internet.

Rendez-vous fut ainsi prit pour le mercredi précédant la rentrée devant la fac de droit, j’avais expliqué à mes parents que je rentrais plus tôt à Rennes pour pouvoir me consacrer pleinement à la préparation de mon concours blanc. Avant d’aller à ce rendez-vous, plein d’espoir, je rangeai mon appartement de sorte à ce qu’il soit présentable à une jolie Julie qui, si elle n’aimait pas se dévoiler sur internet, m’avait bien fait comprendre qu’elle était beaucoup moins timide en réalité.

Je me rendis donc devant la fac de droit à l’heure convenue, j’étais même en avance car elle n’était pas encore là. Il n’y avait qu’un homme aux cheveux gris que je voyais de dos mais qui se retourna quand j’arrivai : « Salut NOËL, content que vous soyez venu à notre petit rendez-vous ! ». Mon ami le prof de maths m’avait eu.

Morale : Boys are boys, les hommes ne sont pas prêt de réfléchir avec leur tête...

Mardi 25 octobre 2005
    Ce soir, Arthur est saoûl. Plein comme une barrique, complètement fait. Il se retrouve il ne sait comment devant l’entrée d’une boite de nuit dont le nom lui dit quelque chose, mais il n’y est jamais allé, il n’arrive pas à se rappeler pourquoi. Il a également du mal à se souvenir de ce qu’il a fait de ses amis avec qui il devait passer la soirée : il croit les avoir lachés ces nuls, ils n’étaient pas motivés.
    Arthur, lui , se sent motivé depuis qu’il a vu cette jolie demoiselle au fond de la salle. Elle n’a pas l’air accompagnée : un passage rapide au toilettes histoire de se mettre de l’eau sur le visage et la fatigue d'Arthur aura presque disparu pour laisser place à son instinct de guerrier. Fini l’œil hagard, il faut maintenant faire place au sourire-pub-de-dentifrice de beau gosse auquel il est surentrainé. Deux-trois pas de danse en sortant des toilettes, un regard bien fixé sur la fille, la trajectoire précise, il ne laisse pas d’ambiguïté subsister entre eux. Il joue de l’épaule pour pousser quelques mecs qui sont sur son passage et arriver près de la  jeune fille qui dit s’appeler Paula. Charmante cette Paula, poitrine fournie en plus.
    Arthur, plus beau gosse et gentleman que jamais, lui offre un verre après avoir un peu dansé avec elle parce que la chaleur est étouffante. Après ce petit wisky-glace, Paula ne peut que remercier  celui qu’elle appelle « el Arthuro » : au baiser furtivement glissé suivent quelques embrassades bien langoureuses, décidément ce soir Arthur est bien chanceux.
    Tellement chanceux qu’elle a  très chaud Paula, elle aimerait bien se reposer chez « son » Arthur ; en plus elle a une voiture, elle peut les y emmener tous les deux. Va pour la voiture, donc. Sitôt à l’intérieur, la nécessité se fait sentir de réchauffer l'athmosphère. Les bouches s’unissent, les mains d’Arthur descendent,l'une caresse la poitrine de Paula tandis que l'autre va chercher son ventre, puis son entre-jambe…où quelque chose de dur rapelle à Arthur pourquoi il n'avait pas l'habitude de fréquenter cette boite de nuit un peu spéciale .
Samedi 8 octobre 2005

    Le jour se levait et la fine pluie faisait crépiter la toile de tente. Jean pouvait à loisir contempler la silhouette qui à ses côtés se détachait de la pénombre. Seuls les contours de son visage et de ses seins étaient objectivement visibles, mais il conaissait par coeur les moindres recoins du visage, du buste et du corps entier de celle qu'il aimait. Il se la représentait ainsi, aidé par les formes qu'il distinguait et qui lui permettaient de situer dans l'espace le moindre détail de son anatomie, le moindre de ses grains de beauté. Le plaisir qu'il en tirait, fugace, remis en cause à chaque seconde par le mouvement de ses yeux vers une autre partie du corps, était de ceux que procure la dégustation d'un met si raffiné qu'on veut ne jamais voir achevé : à chaque nouvelle bouchée, on est tiraillé entre la peur d'oublier la précédente et l'envie de savourer la suivante.
    Cela faisait déjà quelques heures qui Jean promenait ses yeux, dans l'obscurité d'abord, après qu'ils aient fait l'amour ; puis maintenant dans un jour qui s'affirmait de plus en plus. Il se rappelait leur rencontre sous le soleil de plomb du mois de juillet : les jeunes campeurs s'étaient aussitôt aimés d'un amour fou et les instants qu'ils avaient partagé s'étaient transformés en jours, en nuits, à défaut de se transformer en éternité. Ils savaient en effet tous deux qu'ils devraient quitter les plages paradisiaques de
Málaga ; lui pour Paris, elle pour Bucarest, et ce dès le tout début septembre. Jean devrait bientôt se séparer de cette magnifique créature blonde à la peau de porcelaine qui respirait l'intelligence, le dynamisme et la joie de vivre : cette séparation, il le savait, lui serait insupportable. Elle lui disait qu'ils s'appelleraient,  qu'elle le rejoindrait le plus rapidement possible, dès la fin de ses études, mais cela ne convaincait pas Jean. Il pleurait son absence avant qu'elle ne soit partie.
    Il pleurait en silence dans la tente où le jour était enfin total. Le visage d'ange au milieu de sa chevelure dorée était parfaitement visible, ses yeux étaient d'un bleu encore pétillant et le couteau que la jeune femme avait dans la poitrine semblait planté là pour l'éternité.

Samedi 24 septembre 2005
    Je tente toujours de poster un article par semaine, alors, comme les jogging-casquettes-mal-vissées aiment à l'écrire tel-quel sur leur skyblog,  "laché vaux com' !" (comprendre : je serais heureux de pouvoir lire des commentaires pertinents sur mes petits écrits ! ).

    Pierre admirait la fine couche de neige se formant sur le béton rouge tuile de la cour intérieure. Il était debout à la fenêtre de sa sombre chambre d'internat seulement éclairée par sa lampe de bureau, une tasse de café à la main. Le jeune homme se plaisait à humer les vapeurs de ce liquide tourbillonant sous l'effet de sa cuillère, cela lui procurait une sensation de bien-être des plus simples mais aussi des plus agréables : ce sont bien les cinq sens qui procurent les plaisirs les plus vifs. Comment en effet ne pas se délecter d'un filet de chaleur qui vient vous  chatouiller le cou, le menton et jusqu'au narines, vous laissant au passage un parfum si indicible et pourtant si familier ?
Lorsqu'il en avalait une gorgée, Pierre sentait le café descendre le long de son oesophage après avoir réchauffé sa langue, pour arriver jusqu'au milieu de son ventre, lui donnant l'impression d'y avoir introduit une bouillote.
C'était le genre de petits plaisirs qu'il avait cultivé tout au long de sa difficile année de classe préparatoire, ponctuant les exercices de maths, les devoirs d'histoire et autres interrogations orales à la chaine. A ceux-là, il avait le temps de s'adonner.
    Il pouvait voir à travers le rideau de poudre que les nuages déposaient sur la ville une petite lumière rouge en hauteur à quelques kilomètres de là : c'était la tour de radio qui brillait pour signaler sa présence, l'air de dire : "Ne m'oubliez pas, c'est grâce à moi que vous écoutez en ce moment même un morceau de blues relaxant, bien au chaud dans votre nid douillet".
    Le lycée de Pierre, placé sur une butte, surplombait une partie du quartier chic et tout le quartier bourgeois, de sorte que les détails architecturaux de nombreuses et admirables batisses ne pouvaient échapper à son attentive observation. Il appercevait également des ombres postées à leurs fenêtres, en bas, dans le quartier bougeois : peut-être avaient-elles aussi un café à la main, peut-être aimaient-elles aussi le blues que la radio diffusait, sûrement admiraient-elles la même neige qui avait maintenant cessé de tomber, les nuages laissant la place aux rayons du soleil.
    Une demi-heure plus tard, la neige ne serait plus que boue immonde, transformée sous l'effet conjugué des rayons du soleil et du passage des piétons. Le café que Pierre aurait laissé encore chaud sur son bureau à côté de sa dernière lettre serait alors froid, rappelant probablement l'espèce de mixture infecte qui tenait lieu de repas aux prisonniers d'Auschwitz pendant la pire guerre que l'humanité aie jamais connue. Les silhouettes iraient se bousculer dans le métro bondé après leur pause-déjeuner pour aller ramper aux pieds de leur directeur dans l'espoir d'obtenir une maigre augmentation qui ne leur serait de toute façon jamais accordée.
    Pierre lui aussi serait dans le métro, et il n'aurait qu'à appuyer sur un bouton pour que la radio interrompe ses programmes musicaux, pour que les silhouettes n'aient pas à ramper devant leur directeur et pour que sa dernière pensée soit l'image du rayon du soleil transperçant les nuages pour aller faire scintiller une poudreuse encore intacte.

 

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