Les historiettes de BaCcHuS.

 
Samedi 8 octobre 2005

    Le jour se levait et la fine pluie faisait crépiter la toile de tente. Jean pouvait à loisir contempler la silhouette qui à ses côtés se détachait de la pénombre. Seuls les contours de son visage et de ses seins étaient objectivement visibles, mais il conaissait par coeur les moindres recoins du visage, du buste et du corps entier de celle qu'il aimait. Il se la représentait ainsi, aidé par les formes qu'il distinguait et qui lui permettaient de situer dans l'espace le moindre détail de son anatomie, le moindre de ses grains de beauté. Le plaisir qu'il en tirait, fugace, remis en cause à chaque seconde par le mouvement de ses yeux vers une autre partie du corps, était de ceux que procure la dégustation d'un met si raffiné qu'on veut ne jamais voir achevé : à chaque nouvelle bouchée, on est tiraillé entre la peur d'oublier la précédente et l'envie de savourer la suivante.
    Cela faisait déjà quelques heures qui Jean promenait ses yeux, dans l'obscurité d'abord, après qu'ils aient fait l'amour ; puis maintenant dans un jour qui s'affirmait de plus en plus. Il se rappelait leur rencontre sous le soleil de plomb du mois de juillet : les jeunes campeurs s'étaient aussitôt aimés d'un amour fou et les instants qu'ils avaient partagé s'étaient transformés en jours, en nuits, à défaut de se transformer en éternité. Ils savaient en effet tous deux qu'ils devraient quitter les plages paradisiaques de
Málaga ; lui pour Paris, elle pour Bucarest, et ce dès le tout début septembre. Jean devrait bientôt se séparer de cette magnifique créature blonde à la peau de porcelaine qui respirait l'intelligence, le dynamisme et la joie de vivre : cette séparation, il le savait, lui serait insupportable. Elle lui disait qu'ils s'appelleraient,  qu'elle le rejoindrait le plus rapidement possible, dès la fin de ses études, mais cela ne convaincait pas Jean. Il pleurait son absence avant qu'elle ne soit partie.
    Il pleurait en silence dans la tente où le jour était enfin total. Le visage d'ange au milieu de sa chevelure dorée était parfaitement visible, ses yeux étaient d'un bleu encore pétillant et le couteau que la jeune femme avait dans la poitrine semblait planté là pour l'éternité.

 

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Newsletter

Inscription à la newsletter

Recherche

 
Blog : Consommation sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus